Je suis sortie un instant, dans le froid, j'ai levé les yeux au ciel , par réflexe, y avait un satellite qui me faisait de l'œil, y avait pas mal d'étoiles, celle du berger bien dans l'axe, brillante de chez brillante, y avait le fleuve en bas du jardin, reflets d'or pareil, tu cherches où tu veux les signes d'une présence, y avait un de ces raffut aussi, un canard qui avait un tas de trucs à dire très fort, le ressac de la ville, une petite ville mais qui a ses rumeurs, ses humeurs la nuit comme toutes les villes et la circulation sur les boulevards au loin fait comme une mer et le grondement d'un train a fait résonner longtemps les piliers du pont.
Tu m'as dit, il croyait en dieu, ha, tiens, j'aurais pas cru et j'entendais dans tes mots tout ce que chacun peut attacher à ces choses-là comme représentations, comme valeurs et parler de ça sur un blog c'est encore plus obscène que de parler de cul, je sais, la prochaine fois, promis, je parle de cul, j'aime bien parler de cul et je sais que rien que de prononcer ces mots, le christ, jésus, ça fait comme si on y croyait, j'y crois pas, lui il y croyait, mais ce que ça voulait dire pour lui, exactement, je sais pas, je sais juste qu'il était pas religieux, du tout, qu'il allait toujours à la source historique des textes, qu'il avait fait de la figure du-dit christ une figure politique, vraiment politique, et qu'il attachait d'importance dans sa vie qu'à une seule chose c'est à la liberté des hommes et à tout ce qui découle de sa nécessité, je crois que c'est tout, vraiment tout, il évait vraiment un vieux fond anar, mais pas tendance pif le chien, plutôt tendance je crée moi-même les partis, les mouvements auxquels je veux appartenir, y a sa signature en bas de l'acte de la création du PSU, un vieux parti oublié, alors pas de maître, ça c'est sûr, et un dieu peut-être juste, comme elle dit Etty hillesum, pour désigner cette force intérieure qu'on appelle dieu par commodité et crois pas que je vire mystique comme Etty, j'ai juste mis la Vie bouleversée dans les toilettes du haut et je le lis quand j'y vais et c'est un texte intéressant au début, dérangeant ensuite, étonnant de toute façon, peut-être j'en reparlerai, peut-être pas.
Et si je dis tout ça, c'est pas pour rendre sa croyance présentable, je m'en fous comme de l'an 40 de rendre sa croyance présentable même si j'ai rien lâché pour la préparation de la messe, je voulais pas qu'on me l'enterre à la sauce catho, je voulais pas qu'il disparaisse dans le rituel, les textes, les psaumes, les chants, tout, j'ai voulu qu'on choisisse tout, et là je sens que je t'emmène loin de la culture des blogs, zzzzzzzzzzzzz, dans la 5ème dimension, pas grave, j'ai mis ma mère sur le coup, ma mère et sa tête qu'on a eut un peu vite fait de croire en allée dans la maladie dégénérative et qui fait preuve d'une présence bien à elle, d'une intelligence bien à elle, d'une sagesse bien à elle, elle a sorti tout l'arsenal, dont la bible de Chouraqui et aussi, cette très belle, très belle, bible récemment traduite par des écrivains contemporains, et putain, t'en oublies presque que saint-paul a été le fondateur de l'église qui roue, qui crame et qui aime pas les femmes, tellement même saint-paul c'est beau, dans cette traduction, j'adore le principe, le processus, la problématique de la traduction.
Je me suis retrouvée plongée dans saint-luc, j'ai rien compris, déjà après la vie de bouddha et mahomet pour les nuls, j'avais crânement attaqué une compil des 4 évangiles avec les filles, je croyais avoir du ressort en matière d'exégèse et je comprenais rien de rien, je veux dire le sens profond, sauf à faire dans la simplification de catéchèse et compte pas sur moi, ou bien, il me manquait plein de références, je sais pas, j'avais l'impression d'avoir tout oublié et dans saint-luc y avait des mots durs, limite qui poussent à la révolte et même un bout de texte, que j'aurais pas osé choisir si on m'avait demandé de choisir le texte de l'évangile pour le sermon, mais on m'a pas demandé, moi, il m'était donné de choisir les psaumes et les chants, et c'est pour ça qu'on a chanté le temps de cerises, j'avais cette envie, qui venait je sais pas d'où, comme une lumière ancienne et le lendemain, j'ai trouvé le texte écrit de la main de mon père, dans ses papiers, si tu t'en souviens un chant révolutionnaire, devenu l'emblème du sang versé pendant la Commune, mais qui est en fait, un peu précieuse, un peu ampoulée, une chanson d'amour, quand vous serez au temps des cerises, si vous avez peur de chagrins d'amour, évitez les belles, moi qui ne crains pas les peines cruelles, je ne vivrai pas sans souffrir un jour, et comme c'était un homme non-conformiste, on va terminer par un chant non conformiste a dit le simili-curé et dans l'assemblée y avait quelques vieux mecs au passé ouvrier ou communiste ou les deux qui à mon avis avaient jamais ouvert la bouche dans une église, qui s'en sont donnés à cœur joie avec le temps des cerises, mais avant d'être une chanson révolutionnaire c'était, un peu ampoulée, un peu précieuse, une chanson sur le temps qui passe et sur l'amour, J'aimerai toujours le temps des cerises, c'est de ce temps-là que je garde au cœur, une plaie ouverte, J'aimerai toujours le temps des cerises, et le souvenir que je garde au cœur.
