dimanche 31 janvier 2010

sorry


Je suis sortie un instant, dans le froid, j'ai levé les yeux au ciel , par réflexe, y avait un satellite qui me faisait de l'œil, y avait pas mal d'étoiles, celle du berger bien dans l'axe, brillante de chez brillante, y avait le fleuve en bas du jardin, reflets d'or pareil, tu cherches où tu veux les signes d'une présence, y avait un de ces raffut aussi, un canard qui avait un tas de trucs à dire très fort, le ressac de la ville, une petite ville mais qui a ses rumeurs, ses humeurs la nuit comme toutes les villes et la circulation sur les boulevards au loin fait comme une mer et le grondement d'un train a fait résonner longtemps les piliers du pont.
Tu m'as dit, il croyait en dieu, ha, tiens, j'aurais pas cru et j'entendais dans tes mots tout ce que chacun peut attacher à ces choses-là comme représentations, comme valeurs et parler de ça sur un blog c'est encore plus obscène que de parler de cul, je sais, la prochaine fois, promis, je parle de cul, j'aime bien parler de cul et je sais que rien que de prononcer ces mots, le christ, jésus, ça fait comme si on y croyait, j'y crois pas, lui il y croyait, mais ce que ça voulait dire pour lui, exactement, je sais pas, je sais juste qu'il était pas religieux, du tout, qu'il allait toujours à la source historique des textes, qu'il avait fait de la figure du-dit christ une figure politique, vraiment politique, et qu'il attachait d'importance dans sa vie qu'à une seule chose c'est à la liberté des hommes et à tout ce qui découle de sa nécessité, je crois que c'est tout, vraiment tout, il évait vraiment un vieux fond anar, mais pas tendance pif le chien, plutôt tendance je crée moi-même les partis, les mouvements auxquels je veux appartenir, y a sa signature en bas de l'acte de la création du PSU, un vieux parti oublié, alors pas de maître, ça c'est sûr, et un dieu peut-être juste, comme elle dit Etty hillesum, pour désigner cette force intérieure qu'on appelle dieu par commodité et crois pas que je vire mystique comme Etty, j'ai juste mis la Vie bouleversée dans les toilettes du haut et je le lis quand j'y vais et c'est un texte intéressant au début, dérangeant ensuite, étonnant de toute façon, peut-être j'en reparlerai, peut-être pas.
Et si je dis tout ça, c'est pas pour rendre sa croyance présentable, je m'en fous comme de l'an 40 de rendre sa croyance présentable même si j'ai rien lâché pour la préparation de la messe, je voulais pas qu'on me l'enterre à la sauce catho, je voulais pas qu'il disparaisse dans le rituel, les textes, les psaumes, les chants, tout, j'ai voulu qu'on choisisse tout, et là je sens que je t'emmène loin de la culture des blogs, zzzzzzzzzzzzz, dans la 5ème dimension, pas grave, j'ai mis ma mère sur le coup, ma mère et sa tête qu'on a eut un peu vite fait de croire en allée dans la maladie dégénérative et qui fait preuve d'une présence bien à elle, d'une intelligence bien à elle, d'une sagesse bien à elle, elle a sorti tout l'arsenal, dont la bible de Chouraqui et aussi, cette très belle, très belle, bible récemment traduite par des écrivains contemporains, et putain, t'en oublies presque que saint-paul a été le fondateur de l'église qui roue, qui crame et qui aime pas les femmes, tellement même saint-paul c'est beau, dans cette traduction, j'adore le principe, le processus, la problématique de la traduction.
Je me suis retrouvée plongée dans saint-luc, j'ai rien compris, déjà après la vie de bouddha et mahomet pour les nuls, j'avais crânement attaqué une compil des 4 évangiles avec les filles, je croyais avoir du ressort en matière d'exégèse et je comprenais rien de rien, je veux dire le sens profond, sauf à faire dans la simplification de catéchèse et compte pas sur moi, ou bien, il me manquait plein de références, je sais pas, j'avais l'impression d'avoir tout oublié et dans saint-luc y avait des mots durs, limite qui poussent à la révolte et même un bout de texte, que j'aurais pas osé choisir si on m'avait demandé de choisir le texte de l'évangile pour le sermon, mais on m'a pas demandé, moi, il m'était donné de choisir les psaumes et les chants, et c'est pour ça qu'on a chanté le temps de cerises, j'avais cette envie, qui venait je sais pas d'où, comme une lumière ancienne et le lendemain, j'ai trouvé le texte écrit de la main de mon père, dans ses papiers, si tu t'en souviens un chant révolutionnaire, devenu l'emblème du sang versé pendant la Commune, mais qui est en fait, un peu précieuse, un peu ampoulée, une chanson d'amour, quand vous serez au temps des cerises, si vous avez peur de chagrins d'amour, évitez les belles, moi qui ne crains pas les peines cruelles, je ne vivrai pas sans souffrir un jour, et comme c'était un homme non-conformiste, on va terminer par un chant non conformiste a dit le simili-curé et dans l'assemblée y avait quelques vieux mecs au passé ouvrier ou communiste ou les deux qui à mon avis avaient jamais ouvert la bouche dans une église, qui s'en sont donnés à cœur joie avec le temps des cerises, mais avant d'être une chanson révolutionnaire c'était, un peu ampoulée, un peu précieuse, une chanson sur le temps qui passe et sur l'amour, J'aimerai toujours le temps des cerises, c'est de ce temps-là que je garde au cœur, une plaie ouverte, J'aimerai toujours le temps des cerises, et le souvenir que je garde au cœur.

samedi 23 janvier 2010

l'art de la chute

Je vais t'embêter un peu avec cette mort, avec mon père, je crois pendant un petit moment, je vais avoir besoin, envie de dire deux-trois trucs.

Quand mon amour est arrivé samedi, avec les enfants, putain, j'en revenais pas comme il avait l'air de m'aimer, c'est pas des choses à dire, hein, j'arrête pas de les dire et de dire que c'est pas des choses à dire, par superstition et en général aussi je cite hannah arendt, ton amour ne le dis pas, ton amour garde toi bien de le dire, mais pas dans le texte parce que le texte je l'ai oublié, j'arrête pas de le dire, donc, mais c'est que j'en reviens tellement pas, j'étais plus humaine, j'avais les traits tirés, creusés, j'étais toute blanche et quand je croisais son regard, j'avais l'impression d'être une jeune-fille en fleur qu'il venait cueillir au domicile de son père le jour de ses 18 ans, et puis il a insisté pour que je finisse ce texte au sujet de mon père et que je le lise pendant la cérémonie, c'était pas une messe, c'était une cérémonie, parce qu'il y avait pas de curé disponible, alors ils font un truc qui ressemble à une messe, mais qui en est pas tout à fait une, il a vraiment insisté, c'est très beau il a dit, continue, tu regretteras de pas l'avoir fait, alors je l'ai fait mais j'avais peur de pas avoir le courage de le lire, de craquer et puis le courage est venu et c'était pas pareil que d'avoir pu lui prendre la main et lui dire au-revoir en le regardant dans les yeux, mais c'était à ma mesure, je sais faire que ça, je me disais en écrivant à l'arrachée, en essayant d'écrire, vite, vite, quelque chose de juste sur mon père, de pas hagiographique et de pas complaisant mais de beau, parce que merde si quand on est mort on n'a pas le droit à quelque chose de beau, c'est vraiment pas la peine la vie et je ressentais combien  pouvoir écrire des trucs comme ça c'est incompatible avec la présence, je crois que je suis pas douée pour la présence, sauf avec les garçons peut-être ou avec les grands amis, avec les enfants par sursaut, bref je suis pas douée sauf par petits miracles pour la présence, parce que sinon, c'est difficile, ce que je vis je suis déjà en train de l'écrire alors forcément, je suis pas tout à fait là, et c'est comme un handicap et prends pas tout ce que je dis au pied de la lettre mais penses-y quand t'as cinq minutes, je donnerai l'écriture pour la présence et on dirait cette fille est tellement vivante, tellement aimante et ici, je l'invente la présence et la vie aussi, peut-être, enfin, une forme de vie, celle que j'ai découvert un jour dans une nouvelle de jim harisson, entre autre et qu'est-ce que j'ai aimé...

au cimetière, la punkette a demandé si son grand-père irait au ciel, j'ai dit que je savais pas trop alors que depuis cinq jour j'y ai jamais autant planté les yeux, comme par réflexe, comme si c'était là maintenant qu'était son absence et puis elle a dit j'espère qu'il va pas lui arriver comme à jésus, parce que lui, il a pas eu de chance, il est retombé...


faut vraiment pas se sentir obligé avec ces choses-là mais je me suis dit que c'était une jolie chute..

(et je me dis que c'est aussi pour ça qu'il m'aime cette absence et pour sa présence qu'il en aimera peut-être une autre après moi, va savoir et de toute façon, les chutes c'est vraiment trop con...)

mercredi 20 janvier 2010

voyage

Sur le quai y avait du soleil, un beau soleil qui réchauffe la peau comme j'en avais pas senti la douceur depuis des jours et des jours, le train avait déjà dix minutes de retard, je lisais le monde et une fille avec un gros sac à dos m'a demandé d'un air triste si elle avait bien lu l'encadré à la Une, si c'était vrai que Rohmer était mort et quand c'était arrivé et si je prenais ce train et quelle voiture parce qu'elle aurait bien voulu m'emprunter mon journal, dix minutes, si ça me dérangeait pas et j'ai répondu à tout très gentiment et mon papa aussi est mort, je pensais à l'intérieur de moi en me mordant les lèvres et je prends le train pour aller l'enterrer.

J'aurais voulu partir avec l'homme que j'aime et les enfants et je suis partie seule,  ils m'ont rejoint plus tard, j'aurais voulu un train direct et à l'heure et j'ai dû changé à Roissy mais comme le train était en retard, j'ai loupé la correspondance alors avec une dizaine d'autres personnes on nous a fait reprendre un train en sens inverse, vers Marne-la-vallée et on a passé là une heure et demie à attendre le train suivant dans un snack ouvert à tous les vents et de temps en temps j'allais fumer une cigarette dans le brouillard et c'était assez beau, le ballet des bus à gauche, les manèges illuminés du parc d'attraction à droite mais  qu'il est long et difficile ce voyage je me disais même si après j'ai pensé que c'était peut-être juste ce qu'il fallait pour me préparer.

Je suis arrivée un peu avait 23 heures, j'avais loupé le dîner chez ma sœur, mon frère et ma mère m'attendaient à la gare, ça allait, ça allait, ma mère, on l'a pas quittée d'une semelle pendant cinq jours et on est rentré à la maison et j'ai vite posé mon sac pour aller le voir dans la chambre entre chez nous et les voisins où la mère de marguerite m'avait dit qu'ils l'avaient mis dans un grand drap blanc avec des rameaux de buis mais les pompes funèbres l'ont emmenés vers 18h00 m'a dit mon frère, ha j'ai dit alors le cœur serré et je suis quand-même allée voir la chambre vide avec par terre encore les rameaux de buis.

On a fait ce qu'il fallait, c'est un marathon un peu, mon père avait un peu compliqué les choses, on a pris les décisions qu'il fallait je crois, on a été digne, on est redevenus des frères et des sœurs, on avait un peu oublié  ce que c'était, ou peut-être qu'on a jamais su, je sais pas, on a choisi un granit pour la pierre tombale, t'y crois ou pas y en avait un qui s'appelait dalva, j'ai cherché s'il y en avait pas un qui s'appelait julip, mais non, je me suis occupée des choses à écrire, y en avait pas mal, chaque matin, je prenais mon café avec l'impression d'avoir boxé toute la nuit, un peu comme à l'hôpital après mes accouchements, sonnée, secouée, soufflée, et puis j'ai rassemblé tout mon courage, j'ai appelé la maîtresse d'avant de mon père, elle était déjà au courant mais elle demandé comment ça c'était passé et où est-ce qu'on pouvait le voir, des petites choses comme ça, avec sa voix douce, tellement douce, celle d'autrefois quand elle demandait à parler à mon père au téléphone, j'ai répondu à tout gentiment, merci de ton appel julip, elle a dit et sa voix s'est brisée alors j'ai dit vite au-revoir  avant que la mienne fasse pareil et puis à lundi parce que lundi c'était l'enterrement, à la  fin de la messe on a chanté le temps des cerises mais il est bien court le temps des cerises et après, c'était  fini.

mardi 12 janvier 2010

comme ça


Paris et pas de plaisir, je dors à l'aller, je dors au retour, épuisée et un peu apeurée par le bruit que font parfois des congères en heurtant le train,  un peu oppressée par la pensée de mon père qui ne sort presque plus de son lit, on ne peut plus lui parler au téléphone et cette nuit je me réveille en sursaut, en sueur en me disant qu'évidemment, je ne lui ai pas dit tout ce que j'avais à lui dire et j'ai envie d'être auprès de lui et c'est pas possible et je me dis que j'ai beau y penser depuis un an, je suis pas prête du tout, je suis prête à rien, nada, niente.
L'homme que j'aime fait des gestes étranges devant l'écran, je pense qu'il joue à la wii, je ne vois pas ce que ça peut-être d'autre, je le trouve beau, viril, j'aime bien la fatigue sous ses grands yeux qu'on croirait toujours maquillés, ce soir il était à la gare alors que mon téléphone était encore déchargé et que je pouvais pas lui dire que le train avait 20 minutes de retard mais lui, il le savait, et il était en haut de l'escalier en face de la bonne voie, sncf-i-phone-touch et il souriait et c'était un bordel du feu de dieu à la maison et la rebelle venait juste de se démaquiller au dissolvant les yeux qu'elle a pas du tout le droit de se maquiller sauf les jours de fêtes et la punkette commençait seulement à réviser son auto-dictée mais il y avait une pizza dans le four et on l'a dévorée en parlant tous en même temps et là, il fait des gestes idiots devant l'écran et je le regarde and i'm not affraid to die.
Hier un autre homme m'a touchée comme jamais, un homme que je connais très, très, très bien et pas du tout, comme ça arrive qu'ici, à travers les écrans, un homme qui m'a raconté un truc qui n'avait rien à voir, mais rien à voir avec moi et c'était tellement inattendu et émouvant et j'avais un peu l'impression de me retrouver par hasard dans un endroit de lui où j'avais jamais été invitée à traîner mes guêtres et où à mon avis,il invite pas grand monde mais crois pas que je me regardais, là, au milieu de cet atelier lumineux et solitaire où il bricole ses émotions, non, je les regardais lui et ses sentiments et ce que je voyais, c'était beau, beau, beau, encore plus beau qu'un film de rhomer, auquel lucchini a rendu aujourd'hui cet hommage si simple, il m'a aimé, il a dit, il m'a vu et il m'a aimé,  peut-être un peu beau comme la note d'abraham qui s'appelle free taxe et  qui est très très belle et après toute la journée avait la couleur de cette émotion comme un cadeau et toi, tu dis que tu sais pas ce que c'est aimer et moi j'ai l'impression de faire que ça mais mettre des mots là-dessus c'est vraiment pas une choses auxquelles j'attache de l'importance, ce qui compte c'est ce qui se vit alors j'ai tout de suite écrit à un troisième homme et je lui ai dit que ce qui comptait c'est qu'il soit là quelque part dans ma vie de cette façon qui n'appartient qu'à lui et à moi aussi, et c'est comme ça et c'est bien.


vendredi 8 janvier 2010

déjà 13h50

Il suffit juste de savoir de quoi elle est capable et pas capable, la fille avec les genoux entre les bras, savoir ce qu'elle aime et ce qu'elle aime pas, pas la mettre en danger, l'aimer, la protéger, pas la laisser s'anéantir dans la projection interdite et l'envie mimétique, ceci est une tautologie, d'une voix, d'une écriture qui seront jamais les siennes et quand je dis écriture, je dis pas style,  ça a rien à voir avec le style, c'est facile les exercices de style, mais pas la laisser reprendre la pente naturelle, le sillon des origines, non, non, c'est fini, jeanne moreau, brigitte fontaine et le déjeuner du matin, et lui botter le cul pour qu’elle se mette au travail, le vrai travail, celui que quand elle imagine le coeur pur penché dessus elle a des frissons tellement elle trouve ça beau,

mais ce soir, là, tu vois elle et moi, on est fatiguées, y a la gnak du début de la semaine qui s’est pris les pieds dans le goudron des nuits, si elle tombe, l’hiver la roule dedans, il balance les plumes, je sais même plus quand c’était le début de la semaine, je bosse tous les soirs en rentrant à la maison, je sais pas parler en public et en ce moment faut que je le fasse tout le temps; la belle gniak de l’amour de l’homme et des enfants, des chambres des filles toutes rangées et du grand qui a enfin accepté qu’on lui mette sur le dos un nouveau blouson mais juste pour nous faire plaisir parce que la veste en jean à -5°C sur un sweat même pas en polaire, lui ça lui allait très bien;  la gniack des nouveaux livres  partout dans la maison qui sentent bon comme le pain à faire nous-même dans la machine que les voisins ont déposé au pied du sapin (tu sais la fille sauvage et le garçon qui sait tout faire sauf le pain, on fait un genre de potlach: ils nous ont filé un  frigo et une table qu'ils avaient, alors on leur a offert des jolies assiettes marocaines, alors ils nous ont offert une machine à pain alors au printemps on leur offrira un arbre, un petit, hein, un mirabellier que je ramènerai du pays des mirabelles); la gnack de la prime de fin d’année dont on n’a pas vu la couleur parce qu’elle est passée dans le découvert et les cadeaux mais c’était gai, les cadeaux; et là, y a la berline au garage et ça promet bonbon, une expo qui se prépare alors j'ai pas à me plaindre de l'amoureux après 23h00 mais le père de famille est aux abonnés absents, l’anniversaire de la punkette à préparer et je déteste organiser des anniversaires surtout l’hiver et si toi, t’aimes ça tant mieux pour toi, moi, ça me gonfle mais c'est sans doute qu'on fait ça comme des cons et qu'on n'a pas d'imagination et les échéances au boulot, y a tout qui s’accélère, je sais même plus quand c’était le début de la semaine, j'ai même pas eu le temps de parler aux gens que j'aime.


Bon, je publie avec un jour de retard, ça c'était hier et hier, c'était avant-hier, aujourd'hui j'ose pas penser à ce qui m'attends ce week-end et la semaine prochaine mais il fait beau, tout à l'heure, y avait du soleil qui coulait des arbres dans mon bureau, y avait de la neige près du ruisseau argenté tout frétillant de son beau débit, putain, je suis encore sur le divan, là, et oui, j'ai légèrement  honte et là, y a Lulu, assise sur la chaise d'à-côté, qui ronfle, elle ronronne pas hein, elle ronfle, comme un putain de mari, je vais siffler pour voir si ça marche aussi avec les chats.

jeudi 7 janvier 2010

genoux, cailloux, hiboux


Une de ces nuits qui a un peu trop appuyé sur la pédale du sommeil et c'était comme j'avais avais pris un truc pour dormir mais non, j'en prends jamais, parce je suis une vraie machine à addictions et ça suffit comme ça, d'ailleurs, je suis peut-être addict aux insomnies, c'est peut-être juste ça le problème, des fois j'ai l'impression que c'est ça, que je pourrais pas m'en passer, une nuit comme un trou noir, donc, sans image et sans histoires et dont je me suis réveilles sonnée, hagarde et engourdie, peut-être c'était les chaussettes, j'ai mis des chaussettes pour dormir, c'était la première fois de ma vie, j'arrivais pas à me réchauffer, j'ai dormi à poil avec des chaussettes, des petites chaussettes en mousse noire, bien épaisse, toutes douces, je trouvais ça rigolo, pas lui, « ha, non, il a dit, ha, non, hein, pas des chaussettes », dans son lit, tout vêtement est interdit mais comme c'est aussi mon lit, j'ai gardé les chaussettes et j'ai senti la chaleur se diffuser dans tout mon corps made in mes pieds, demain, je refais des phrases, demain, je réécris des notes, demain, je réécris tout court et quand j'ai fermé Du passé faisons table rase et éteint ma petite lampe, pour dormir, il a posé son mac au pied du lit et hop, il m'a attrapée et il a essayé de m'enlever mes chaussettes avec les dents mais il a pas réussi alors il a remonté le courant du lit comme un gardon et m'a serrée dans ses bras et il a dit, « viens, on parle un peu », et c'est ce qu'on a fait, tranquillement, doucement, d'un tas de petites choses sans importance et puis on a rêvé d'une petite maison dans la vallée de la Têt ou bien dans les Fenouillèdes ou bien dans les roseaux de derrière sainte-marie, une petite maison où les enfants aimeraient passer l'été quand ils seront grands et je pense qu'on l'aura jamais mais après j'ai quand-même dormi comme un bébé.

C'est chiant le bonheur disait un jour le cœur pur et il a raison, même si il change rien, le bonheur, rien du tout je crois ou pas grand chose à la fille entre moi et moi-même qui reste assise sur sa chaise les genoux entre ses bras, la joue ou le menton posés dessus, celle qui a pas envie de se déplier, de se lever pour chanter et il faut que le pianiste, le pianiste aux épaules un peu voutées, la regarde et l'encourage doucement avec ses yeux qu'il a profonds et doux, alors elle y va et des fois, comme ça, elle fait pleurer des gens, même en répétition, même dans des salles pleines de néons, avec quoi, exactement elle sait pas, peut-être à cause de l'espace, là, qu'il y a entre elle et elle-même, plus que son timbre ou le grain de sa voix et des fois elle les fait pleurer de rire aussi, parce qu'elle fait très bien le clown, l'enfant ou l'enfant-clown mais c'est plus rare parce qu'elle préfère les chansons douces et tristes et elle sera jamais une grande chanteuse, tu vois, elle l'a toujours su, elle a pas le ventre, les tripes, elle a pas l'énergie, la sauvagerie, l'animalité, elle a pas la colonne d'air assez droite comme une autoroute entre sa gorge et sa chatte bien ouvertes comme il disait qu'il fallait que ce soit pour bien chanter, le prof aux yeux bleus et rieurs, elle sera jamais chanteuse tout court, son rêve, son rêve depuis longtemps, tu vois, ce serait de chanter des standards de jazz ou de bossa, dans un restau plein de gens qui écoutent pas ou par hasard juste chanter pour elle et le pianiste et qu'il lui dise de temps en temps, juste à elle, les yeux dans les yeux, « c'était bon à enregistrer , là » comme il faisait et ça la rendait heureuse et ça la rendrait encore heureuse, je crois, comme ici ça la rend heureuse d'écrire pour des gens qu'elle connait pas, des qui lisent tout et des qui lisent pas, ou vite ou distraitement et de temps en temps y a un(e) habitué(e) ou un(e) que ça touche, qui vient dire un petit mot à la sortie et c'est bien.



dimanche 3 janvier 2010

pas envie

Vite – par fidélité plus que par nécessité – si, si je te jure - vite, je consigne – père, alité, mal, mal, mal mais toujours en résistance par rapport à l'aide qu'on a mise en place pour lui – met ma mère en danger à qui cette aide est indispensable y compris pour s'occuper de lui – culpabilité rétrospective très forte d'avoir fait auprès d'elle acte d'une présence industrieuse mais un peu creuse - et j'ai évidemment tout un tas de bonne excuses - on a dormi chez les voisins qui nous laissent toujours leur appart à Noël, celui de juste à côté - alcôve un peu austère séparée du bureau par une tenture de laine – entre Paris et la Finlande, Brice occupait la chambre dans le couloir entre les deux (apparts) – il y a écrit sa thèse l'année dernière - le matin, on était réveillé par l'odeur du café qui montait de chez les parents de Marguerite – comme chaque année - j'ai adoré retrouvé ça – on a beaucoup fait l'amour - pour conjurer le sort, pour conjurer la mort, la maladie, les imbéciles, tout – et parce que c'est bon aussi - on s'était un peu foulé pour les cadeaux, essayé de bien penser à chacun, claqué un peu de thune, c'était bien - on a tenté de refaire une fête avec ceux de passage, Brice, Claire et Mathieu, mon frère, ma sœur mais on était peu nombreux cette année, à peine une vingtaine autour de la table dont neuf enfants – marguerite était en jordanie, pascaline en espagne, sybille repartie à marseille, nanou et philippe à strasbourg - relation apaisée avec mon frère et ma sœur, chaleureuse même, putain, ça fait du bien – bonheur ++ avec les enfants – un jour la rebelle monte une pièce dans l'après-midi avec trois acteurs, elle fait la figuration et le choeur – sujet la mort de louis-XVI et Marie-Antoinette – 4 tableaux, montage nikel, art consommé de l'ellipse – acteurs (7, 9, 11 ans) costumés, maquillés, coiffés - quand elle lit, vibrante, le texte de saint-just, à la lueur d'une lampe-torche, son gros manga à la main, je suis toute émue - la punkette collée des heures durant à sa grand-mère devant les livres que je leur ai offerts, de beaux albums et une orgie de poésie – Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Queneau, Prévert je sais pas ce qui m'a pris, comme une fringale – l'extraterrestre,  mutant mais présent - en relation avec tous les adultes, en constante observation, revenant après sur toute les discussions -  un saut de puce et quelques jours chez les amis que s'ils devaient en rester que deux ce serait ceux-là – cure de champagne dans le ventre chaud du solstice – promenades, discussions, jeux de société, lectures - et puis la rentrée demain, trop vite après le retour, juste le temps des lessives, du  ménage, du rangement, pour que la rentrée soit douce après, mais pas envie.